| photos et texte ©phengels | ||
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Certaines vivaces résistent à des conditions exceptionnelles : championnes du froid, de la chaleur, de la sécheresse, de l'amplitude thermique, de l'ombre, des terres inondées, de la pollution de l'air, du rayonnement en altitude, ou d'environnements très hostiles. Beaucoup se situent dans des fourchettes très larges de tolérances ce qui les rend si indispensables aux jardins. |
Imaginer que des plantes puissent pousser ailleurs que sur Terre semble encore de la science-fiction. Et si l'histoire du Petit Prince était concevable ? Si l'aventure humaine nous conduisait vers des jardins sur Mars par exemple ? Faire ressurgir l'eau emprisonnée dans les profondeurs de Mars, modifier son atmosphère et en diminuer le rayonnement cosmique, quelle démesure... Est-il permis de songer à une immense nouvelle arche de Noé pour sauvegarder notre patrimoine ? Acquérir par ce biais une sorte d'immortalité... Revenons sur Terre. Hiroshima, 60 ans en arrière : L'explosion, le feu et le souffle, puis l'hiver nucléaire...Un survivant végétal connu : l'arbre aux quarante écus (Ginkgo biloba). Pas de plante vivace, sauf la prêle, grâce à son système racinaire d'une grande profondeur et certaines graines enfouies, à longue durée germinative, qui ont échappé au cataclysme en attendant un moment plus propice pour relancer la vie. Enfin, plus proche de nous, les incendies d'été nous montrent un décor apocalyptique mais nous prouvent aussi que la nature se reconstruit en prenant son temps (notamment grâce à des graines épargnées). En dehors de ces conditions les plus extrêmes, vous découvrirez en parcourant cette page, des listes de plantes vivaces résistant à diverses conditions très hostiles et les mécanismes qu'elles ont développé pour survivre, mais aussi la classification biologique des plantes selon leur adaptation aux conditions climatiques. |
| 1-CLASSIFICATION BIOLOGIQUE DES PLANTES : |
phanérophytes |
Plantes vivaces, et ligneux (arbustes et arbres, plantes grimpantes) toujours visibles quelque soit la saison (hauteur : +de 30cm jusqu'à 100m) -caractéristique : longévité importante |
chaméphytes |
vivaces et ligneuses se protégeant du froid ou du vent par leur faible hauteur (moins de 30 cm) - Petits buissons, touffes etc... |
hémicryptophytes |
Plantes à moitié cachées en hiver, bourgeons au ras du sol. En été, elles développent des hampes florales assez élevées. |
cryptophytes |
Plantes invisibles en hiver : dissimulées dans le sol (Géophytes), la vase (Hélophytes) ou l'eau (Hydrophytes). Leur réserve dans des tubercules, bulbes ou rhizomes leur fournissent une pousse très rapide. |
thérophytes |
Plantes herbacées qui passent l'hiver à l'état de graines très résistantes. Développement rapide. La durée germinative de ces graines est longue et dans des conditions extrêmes (déserts), elles peuvent attendre plusieurs années avant de germer. |
épiphytes |
Plantes n'ayant pas de racines dans le sol. Elles se développent sur d'autres végétaux (mousses, lichens, orchidées..) Elles n'épuisent pas leur hôte. |
| On estime que sur Terre la répartition est de l'ordre de 46% de Phanérophytes et 26% d'Hémicryptophytes. Ces proportions varient en fonction des zones climatiques : Plus de phanérophytes et d'épiphytes en régions équatoriales, plus d'hémicryptophytes en régions froides, et plus de thérophytes en régions arides. |
| 2-MECANISMES DE RESISTANCE A LA SECHERESSE : |
Autant le dire en préambule : SANS EAU, aucune plante ne peut pousser. Les plantes ont le "stress" en l'absence d'eau. Grâce aux stomates (milliers de minuscules pores sur leurs feuilles) elles laissent pénétrer le gaz carbonique, l'utilisent pour synthétiser les sucres, et transpirent. Plus les feuilles sont grandes, plus on dit de la plante qu'elle est évaporante. Les racines des plantes génèrent de l'acide abscissique qui, véhiculé par la sève jusqu'aux feuilles, déclenche la fermeture des stomates. En cas de sécheresse, la plante stresse, ses racines lui donnent l'alerte, les stomates se ferment, l'évaporation s'arrête, la pénétration de gaz carbonique aussi... Les plantes à grand feuillage vont souffrir les premières, leurs feuilles étant gourmandes en eau. Parmi les végétaux résistants à la sécheresse, les ligneux à petites feuilles vernissées sont très résistants, les herbacées à feuillage duveteux se protègent de la chaleur grâce aux poils, les plantes grasses ont développé une gangue protectrice de leurs tissus, les épineux sont des réponses également aux conditions sèches, les feuilles linéaires verticales sont résistantes et montrent le moins possible de surface au soleil direct. Ce ne sont que quelques exemples d'adaptations. Dans des climats arides, les plantes vont faire évoluer leur structure et réguler la croissance de leurs feuilles et racines pour s'adapter. Certaines vont même devenir de véritables usines à rythme végétatif bizarre : L'Ocotillo (Fonquieria splendens) dans les déserts de Sonora et Chihuahua présente des branches sans feuilles. Dès qu'il pleut, phénomène rare, la plante émet des petites feuilles étroites de deux pouces de long, et finit par les reperdre avec la sécheresse... |
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| Les jardins mexicains d'Hanbury gardens- les jardins secs (La Mortola à Vintimiglia-Italie) |
Acaena, Achillea, Agave, Aloe, Anaphalis, Anthemis, Arctanthemum, Artemisia, Aster amellus, Aster ericoides, Ballota, Beschorneria, Calamintha, Campanula, Centranthus, Cereus, Cirsium, Cistus, Coreopsis, Dendranthema, Dianthus, Dorycnium, Echeveria, Echinocactus, Echinops, Erica vagans, Erigeron, Eryngium, Erysimum, Halimium, Lampranthus, Lantana, Lavandula, Lavatera, Mesembryanthemum, Marrubium, Opuntia, Phlomis, Prunella, Ruta, Salvia, Santolina, Saponaria, Sedum (plusieurs), Senecio, Stachys, Tanacetum, Thermopsis, Thymus, Verbena, Veronica, Yucca, et plusieurs graminées dont Festuca, Helictotrichon, Melica, Stipa et Zoysia. On remarquera dans cette liste bon nombre de plantes à feuillage gris, plantes grasses, épineuses, et belles graminées, et jamais de feuilles larges. |
| 4-ZONES DE RUSTICITE , MECANISME FACE AU FROID et CHAMPIONNES DE RESISTANCE AU FROID |
En fonction des zones de rusticité, beaucoup de plantes hémicryptophytes (bourgeons au ras du sol en hiver) vont faire partie des plus résistantes. Parmi les plantes arctiques, on va trouver la Cassiope tétragone, la Dryade arctique, l'Epilobe, Erysimum pallasii, le Pavot arctique, l'Oxyria à deux carpelles, le Pissenlit tuberculé, la Renoncule rampante, le Saxifrage à feuilles opposées, la Mellandrie, la Linaigrette de Scheuchzer, Silène etc... Au Danemark, par exemple, on compte environ 1200 espèces de végétaux supérieurs, parmi lesquels on remarque l'Acore, la Livèche, la Podagraire, l'Elodée, la Spartina et la Berce géante. Le constat de pollution (dioxyde de soufre et nitrogène + acidification) se fait comme partout, le trafic et l'urbanisation font baisser la population des plantes. La pollution aura t'elle raison des meilleures résistances ? MECANISME FACE AU FROID : En dessous de 0°C la plante vit au ralenti. Elle peut mourir s'il y a cristallisation de l'eau dans ses tissus et éclatement des cellules... Mais elle se défend de deux façons : d'abord en perdant ses parties aériennes dans le cas de nombreuses vivaces, se réfugiant ainsi sous terre, mais aussi en épaississant son liquide cellulaire qui circule moins vite, elle baisse son point de congélation. Les résultats sont variables selon les genres botaniques : les végétaux persistants ligneux, semi ligneux ou herbacés sont vite touchés car non au repos. Quoique des persistants comme Helleborus niger ont une résistance impressionnante. Les plantes hémicryptophytes sont prédisposées à une bonne résistance. Parmi les records il faut citer des Asters, Hémerocalles, Helianthus mais aussi certains lichens qui supportent -40°C. En cas de soleil et d'air froid et sec, les plantes respirent par leurs stomates, mais les racines dans le sol gelé ne peuvent pas réagir. La durée du gel devient donc aussi importante que l'intensité du froid. La neige par contre assure une protection naturelle pour les vivaces en dormance et n'empêche pas le rayonnement solaire par diffraction entre les cristaux...Le résultat est même bénéfique pour les plantes. Enfin des gels tardifs créent des désordres lors de la reprise de végétation. DES CHAMPIONNES DE RESISTANCE AU FROID : Alchemilla, Anaphalis, Arctanthemum, Aster, Brunnera, Cephalaria, Epilobium, Equisetum, Eupatorium, Filipendula, Geraniums vivaces (pas tous), Glyceria, Helianthus, Helleborus, Hemerocallis, Heracleum (ombellifère-faible durée), Iris sibirica, Leucanthemum, Ligularia, Lysichiton, Lysimachia, Lythrum, Matricaria, Matteucia, Montia sibirica (bisannuel), Oenothera, Paeonia lactiflora, Persicaria, Petasites, Phalaris, Phlox, Prunella, Pulmonaria, Rheum, Rodgersia, Solidago, Stachys grandiflora, Symphytum, Tradescantia, Veronica, Yucca |
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| Parmi les plantes les plus résistantes au froid : Lythrum salicaria et Rheum rabarbarum (à gauche) et des Asters (à droite) |
| 5-CHAMPIONNES DE RESISTANCE à L'AMPLITUDE THERMIQUE |
Dans les régions arides, les végétaux vont s'adapter pour résister à la fois à des températures négatives la nuit et de fortes chaleurs et de la sécheresse le jour. De plus, ces écarts vont encore augmenter avec la saison. Au maximum, ces plantes vont subir une amplitude de près de 80°C, entre -20°C et +60°C : un record. Parmi elles, il faut citer : Agave havardiana (-23°C; Texas); Agave neomexicana (-29°C; Nouveau Mexique); Agave utahensis (-23°C; Utah, Nevada); Yucca schotti (-18°C; Arizona, Nouveau Mexique, Mexique); Yucca harrimanae (-18°C; Utah, Arizona, Nouveau Mexique, Colorado); Yucca brevifolia (-18°C; Utah, Arizona, Californie, Nevada); Dasylirion wheeleri (-20°C; Arizona, Nouveau Mexique); Hesperaloe parviflora (-20°C; Mexique); Nolina texana (-25°C; Texas) et Nolina matapensis (-25°C, Arizona). Attention tout de même, les températures mentionnées sont des maxima qui doivent être très provisoires et pour des plantations dans des conditions de drainage satisfaisant (sur butte avec lit cailloux drainants). Mais il faut reconnaître que ces performances sont exceptionnelles et doivent captiver bon nombre de possesseurs de jardins sous influence océanique. Certaines de ces plantes sont désormais disponibles en France chez des importateurs spécialisés. Mais dans les records de résistance à l'amplitude thermique il ne faudrait surtout pas oublier les plantes d'altitude qui se maintiennent sous des écarts de températures entre -10°C et +25°C en une journée (entre nuit et jour) ....Epoustouflant ! Ceci nous conduit naturellement au volet suivant : altitude et résistance au rayonnement
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| 6-ALTITUDE, RESISTANCE AU RAYONNEMENT, AU VENT |
Les contraintes vont se multiplier pour la survie des plantes en altitude. Basses températures, amplitude thermique, irradiation aux UV, vent. Dans ce contexte, les végétaux vont développer toute une batterie de défenses : pilosité dense, nanisme, plantes en coussinets, couleurs vives et cycle de reproduction rapide entre autres... Deux étages vont nous intéresser particulièrement pour étudier ces comportements : 1°) l'étage alpin dit 'zone de combat' (vers 2400 m) et 2°) l'étage nival au dessus de 3000 m (plantes de glaciers) - vous retrouverez sur la toile de belles pages sur internet à ce propos, que nous ne voulons pas paraphraser |
| 7-RESISTANCE AU SEL ET AUX EMBRUNS |
De nombreux jardiniers ont fait la douloureuse expérience de surdoser un désherbant total d'allée : le chlorate de soude, et ont eu la désagréable surprise de voir périr progressivement des plantes à côté de leur allée. Le chlorate de soude n'est ni plus ni moins que du sel (chlorure de sodium) à plus ou moins brève échéance... C'est dire que les plantes ont une sainte horreur du sel qui les met en situation de stress comme la sécheresse. Et pourtant, certains végétaux ont développé de plus fortes résistances au sel que d'autres. Voici une liste dressée par un spécialiste des jardins secs et de bord de mer, les Pépinières Filippi (34-Mèze). Là encore, le lien vaut mieux que tout discours : PLANTES SUPPORTANT LE SEL EN BORD DE MER
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| 8-PLANTES RESISTANT EN ZONES INONDABLES |
Vous êtes de plus en plus nombreux à être désespérés faces aux inondations répétées ou à cause d'une montée intempestive des nappes phréatiques. Nous avons connu aussi (si cela peut vous rassurer !) un phénomène de nappe affleurante, mortel pour nombre de variétés. Comment réagir dans le cas de risques d'inondations à répétitions ? Pour les arbres, on connait le célèbre Cyprès chauve de Louisiane qui pousse dans les marais (Taxodium distichum), les familles des peupliers ou des saules...Problème : ce sont de grands arbres qui n'ont pas leur place dans les petits jardins. En ce qui concerne les plantes vivaces, le choix est beaucoup plus important : Certaines plantes sont parfaitement à l'aise à l'état d'immersion permanent, d'autres en terre saturée très humide mais non recouverte d'eau...Mais si l'eau se retire et laisse une croûte argileuse craquelée l'été, ces plantes vont souffrir : il faut leur laisser un certain degré d'humidité. Il est possible de les planter dans une grande bâche butyl noir de 80cm de profond, remplie de terre et de créer ainsi ce que les anglais appellent un "bog garden" ou jardin de boue. En terre saturée mais non recouverte d'eau, à vous alors les plantes suivantes : Caltha palustris, Darmera peltata, Eupatorium purpureum, Filipendula rubra, Gunnera manicata, Iris pseudacorus, Juncus inflexus, Lysichiton americanus, Glyceria maxima, Astilbe arendsii, Iris sibirica, Ligularia japonica, Lythrum salicaria, Osmunda regalis, Petasites japonica, Phalaris arundinacea... Pour la géante Gunnera manicata, il faudra protéger du froid la plante l'hiver et disposer d'un endroit naturellement humide même en été (plantation en bâche déconseillée) En terre constamment recouverte d'eau, préférez des plantes de terre immergée comme : Acorus calamus, Alisma plantago, Butomus umbellatus, Calla palustris, Caltha palustris, Carex japonica, Cyperus longus, Equisetum hyemale, Glyceria aquatica, Hippuris vulgaris, Iris laevigata, Iris pseudacorus, Iris versicolor, Juncus glaucus, Myosotis palustris, Phalaris arundinacea, Phragmites communis, Polygonum amphibium, Pontederia cordata, Sagittaria japonica, Ranunculus lingua, Scirpus lacustris, Thalia dealbata (zones clémentes seules), Stachys aquatica, Veronica beccabunga, Villarsia nymphoïdes...ou des plantes s'enracinant au fond de l'eau comme les Nuphars ou Nympheas... Mais le problème majeur sera évidemment de conserver l'eau en été, alors qu'en région inondable, on ne demande qu'à évacuer l'eau ! Peut être faut il prévoir ce type de jardin dans la partie la plus basse du terrain. Il est possible d'agrémenter ce genre de jardin d'eau et jardin-tourbière de quelques graminées géantes telle Miscanthus sinensis, Cortaderia selloana ou bambous comme Phyllostachys aurea, Sasa palmata, Arundinaria muriale ou Arundinaria nitida (très rustiques) pour accentuer l'exubérance. Toutes ces plantes sont des pompes végétales. Certaines sont même utilisées en 'lagunage paysager' à grande échelle. Le lagunage utilise ces végétaux en grande quantité comme agent épurateur des eaux polluées. Les plantes aquatiques servent de supports aux colonies bactériennes : l'azote, certains métaux lourds, le phosphore sont ainsi absorbés. Les germes pathogènes sont éliminés. Le coût d'exploitation est de plus négligeable par rapport à des stations d'épuration classiques. Reste le souci principal dans les grandes inondations : celui du débit dévastateur et brusque. Et là encore, seules des plantes très bien enracinées y survivent : Les bambous de la Bambouseraie de Prafrance dans le Gard en sont un bel exemple.
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| Bambous et plantes d'eau. | A droite, Lysichiton americanus en 'bog garden' (plantation en bâche butyl remplie de terre humide) |
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