Avril enfin, te voilà ! “Ne te découvre pas d’un fil”, dit l’adage. Neigera-t-il à Pâques comme l’an dernier ? Chaque matin est un émerveillement, ici devant une corolle se déployant avec grâce ou impétuosité, là devant une feuille de pivoine rougissante d’émotion et de plaisir. Chaque année au spectacle de cette féerie je crains autant les grands froids qui brûlent les floraisons des prunus ou des magnolias que les grosses chaleurs qui font pencher la tête aux tulipes. Sans doute cette fièvre fragile ajoute-t-elle à la tendresse que nous avons pour le printemps.

Avril est sans conteste le mois des tulipes. Tout le monde a le souvenir des massifs de bulbes émergeant à travers une marée chamarrée de bisannuelles. J’ai tenté l’expérience au départ mais vu l’étendue du jardin c’était coûteux en énergie comme en argent. Il ne me reste de cette expérience, qu’une rosette de primevère bleu clair, évidemment stérile. Aussi ai-je emprunté au regretté Christopher Lloyd le parti pris de planter les bulbes dans les mixed-border. Sans jamais avoir eu le plaisir de rencontrer ce grand jardinier, j’ai visité son jardin de Great-Dixter dans bien de ses livres et notamment “Un jardin de fleurs”. La mixed-border est le tissage de toutes les plantes, ligneux, vivaces, rosiers, bisannuelles et annuelles dans un même parterre en un somptueux jacquard. Qu’elles soient sauvages ou horticoles, à son exemple, je laisse mes tulipes en terre. Elles sont toujours à l’endroit où je les avais plantées il y a vingt cinq ans. Sans doute y perdent-elles en superbe, mais elles gagnent en naturel. Je ne réitère pas l’expérience pour celles qui ne résistent pas au traitement mais pour les autres je rachète de temps en temps des bulbes de la même variété.

Le feuillage produit par les bulbes encore immatures se trouve très vite caché dans tous les parterres. Plantées en massifs avec des annuelles ce ne serait pas possible, pas plus qu’en sol mal drainé. J’ai aussi adopté à Sir Lloyd l’introduction des couleurs claquantes. Ainsi dans le parterre corail au pied du conifère fluorescent en cette saison, les tulipes “Abu Assam”, “Aladin” et “Queen of Sheba” dans les tons or et rouge réchauffent la floraison des hellébores de Corse et des euphorbes aux inflorescences acides. Les fougères filix mas et les feuillages des pavots font un couvre sol vert tendre pendant qu’en bordure un très bel hybride de la primevère des près (Primula Veris “Sunset Shade”) reprend les mêmes contrastes or et rouge rappelés plus tard par le rosier “Joseph's Coat”, et le Kniphofia. Les buissons et les arbres participent de l’ambiance , c’est un véritable feu d’artifice et pourtant à aucun moment les couleurs pétantes en fond de pelouse ne choquent le regard.

Le jardin étant un être vivant la meilleure organisation et la plus grande connaissance ne feront rien contre les surprises, parfois mauvaises parfois bonnes. L’inattendue floraison des tulipes “Black Parrot” avec le Syringa x chinensis fut un réel bonheur au mois de mai. Elles avaient été plantées dans le Geranium macrorrhizum pour en rehausser un peu les couleurs avec “Queen of the Night”. Il arrive aussi parfois que le rendez-vous soit manqué.

 

Les premières tulipes à s’ouvrir sont les Tulipa kaufmanniana. Comme pour les jacinthes des bois je trouve leur feuillage disproportionné. Par contre, d’autres tulipes plus graciles comme l’éclatante Tulipa linifolia possèdent un feuillage qui se fait oublier comme celui de la plupart des T. botaniques. Leurs corolles pleines de grâce scintillent dans la rocaille, dans le petit bois ou sous les rhododendrons. Elles ont toutes le naturel et la délicatesse qui convient si bien à mon jardin en semi-liberté. http://www.tulipessauvages.org/page/photos.htm

                     

                                                   Syringa x chinensis                                                     Tulipa linifolia

Dans les potiches des petites tulipes botaniques, Tulipa pulchella et batalinii, auxquelles je tiens particulièrement, sont plantées avec des iris réticulés, des narcisses “Têtes à têtes” des quelques crocus et des pensées pour colorer avec grâce l’auvent d’entrée. Les conteneurs sont ensuite oublié dans un coin du jardin et remplacés par les fleurs estivales.

Tulipa batalinii
Tulipa 'Little Princess'   
Tulipa pulchella

                   Dans le jardin Agathe, les derniers narcisses blancs “Thalia et Jenny” ont rendez-vous avec les premières Tulipa fosteriana sur les coussins tout en rondeurs des Anemona blanda “White splendour” et des Euphorbia polychroma, les Chionodoxa luciliae alba et les Ornithogalum nutans ajoutant leur feston à l’ensemble. Bientôt l’ Exochorda macrantha “The Bride” en traîne blanche soutenue par sa petite fille d’honneur la Spirée arguta fera sa révérence aux Tulipe viridiflora “Spring Green” C’est avec le jardin Agathe, vert chartreuse et blanc, que vient s’échouer en douceur la grande vague des mixed-border en écume jaune.

Que dire encore de cet autre parterre éblouissant, bleu et orange quand, des Brunnera macrophylla aux fleurettes de

  

myosotis, surgissent les tulipes fosteriana “Orange Emperor”, puis les T. triomphe “Princess Irène” et les Fritilaires impériales ? S’y joindront bientôt les tulipes perroquets “Apricot Parrot”.

   

Les primevères avec les pulmonaires sont de très fidèles plantes de jardin de cottage. Des premières plantations en massif il me reste encore outre la touffe de Primula acaulis bleu-clair, une blanche dans le jardin Agathe et une jaune retournée à l’espèce en se ressemant. C’est ainsi que sans l’avoir prélevée dans la nature je me trouve probablement (je ne vais pas faire le test ADN) avec l’espèce vulgaris. Dans l’ancien verger il me reste aussi des Primula x polyanthas issues d’un premier semis dans les années quatre vingt dont j’ai sélectionné autant que faire se peut les plus lumineuses, rouge profond au coeur jaune. Produites par semis, brillent au loin les polyanthas “Golden Laced”, de vrais bijoux ; avec la tulipe “Abu Hassan” ils feraient scandale.

   

        Primula polyantha 'Golden Laced'            Primula veris 'Sunsade Shade'                   Primula auricula

 

D’un semis réalisé à partir de graines de chez Thompson & Morgan : Graines , je n’avais réussi qu’un plant d’un très bel hybride de Primula veris, “Sunsade shade”. Ce rescapé me comble de bonheur en se ressemant à foison et je mêle aujourd’hui ses couleurs éclatantes aux jaunes acides des Milium, des euphorbes, et du Physocarpus “Dart’s Gold”. Mes échecs avec les belles japonaises m’ont fait reconsidérer nos primevères locales, Primula eliator des sous bois clairs et humides et Primula veris des prés ensoleillés. C’est cela l’humilité du jardinier. Il y a tant de possibilités et tant de trésors tout proches pour faire notre bonheur ! Et de trésor, j’en ai hérité un d’un jardin de grand-mère, une primevère poudrée, Primula auricula.

Les muscaris aux grappes de grelots investissent tous les parterres. Il y en a des joufflus ou à toupets, des bleu clair, des bicolores, des blancs et des jaunes et aucun jamais ne nous laisse indifférent. " http://www.azurs.net/photoblog/a/2005/06/muscari.html ".

         Muscari armerianum 'Blue Spike'                  Muscari botryoïdes 'Album'                          Muscari neglectum

 

Retour printemps page 1/3 - SUITE PRINTEMPS PAGE 3/3

Retour 1ere page Jardin de Claire |

Retour page d'accueil | Retour liste jardins à visiter en France

 

et la propriétaire passionnée de ce jardin vous présentent :
Promenade au fil des saisons, dans le jardin de Claire - (ALSACE)

sources photos et texte ci-dessous : © Claire - cliquer sur les photos pour les agrandir

Le printemps PAGE 2/3