
Invitation au jardin : en AUTOMNE
Le faste des vivaces laisse humblement la place en cette saison à ce qui fait l’intérêt, je pense de
ce jardin : les essences ligneuses.
Plutôt que de parler de paradis, j’aime à penser mon jardin comme un écrin à pierres précieuses, pas seulement pour les joyaux de collectionneur qu’il peut recéler, mais parce que les couleurs m’évoquent irrésistiblement les flammes des rubis et des grenats. Quelle plus belle saison que l’automne pour vous en révéler la magnificence ? Il suffit pour s’en convaincre de voir briller au loin comme autant de perles rutilantes, les fruits des roses, des malus, des aronias, ceux du houx dans la profondeur bleu-vert ou du cotonéaster dans un nuage gris velouté. Arbres et buissons dans un dernier souffle jettent un ultime éclat. L’automne joue les alchimistes. Il arrive en douceur pour jeter son voile doré et couvrir le jardin d’une toison fauve. Ses brumes cotonneuses emplissent l’air de tendresse.
Le jardin n’attend plus que vous. Vite, vite, car à la prochaine bourrasque, les arbres perdront leur manteau de pourpre et de vermeil. ! Si l’été de la St Martin nous a fait grise mine cette année, les ors et les pourpres nous ont offert de merveilleux couchers de soleil. L’Acer griseum s’impose dès l’entrée.
Le scion acquis chez Hillier il y a vingt ans a enfin fière allure. Il sera le dernier érable à se dévêtir.
Passer à gauche le long de la bordure de rosiers pêche est sans intérêt en cette saison, allons plutôt où le regard nous happe vers le jardin grenat. Nous passons devant l’Acer tataricum ssp. ginnala, le premier à annoncer les fastes de l’automne : fugitive splendeur. Les feux des érables annoncent le parterre grenat, devenu dès septembre, le point focal du jardin. Nous y arrivons en passant sous le Prunus serrulata 'Shirofugen' tout d’or vêtu avec une guirlande bleue de cobée.
le jardin grenat |
Acer tataricum ssp. ginnala |
Prunus serrulata 'Shirofugen' tout d’or vêtu |
guirlande bleue de cobée |
Nous y voilà ! Quelle féérie ! Comme dans un manège sous les lumières de la fête, la tête me tourne. Le Cotinus avec le Malus aldenhamensis (grand frère de l’actuel 'Coccinella', pourpre des feuilles aux fleurs et aux fruits) donnent le ton. C’est avec les asters dont le très solide “Alma Pötschke” que s’épanouit le premier sourire de l’automne. Ils ont envahi le jardin grenat, croulant sous la pluie, se faufilant dans les branches du Prunus cistena et du Physocarpus “Diabolo”, s’insinuant dans le Dahlia “Bishop of Llandaff” et les anémones du Japon. Avec l’arroche rouge, les gourdes de Rosa moyesii “Geranium”, le Fuchsia “Ricartonii”, les Sedum spectabile, le parterre scintille de tous ses feux alors que le ciel se charge de brumes grises. Nous en faisons le tour en passant sous un Malus chargé de pommes odorantes. Quelle heureuse alliance que ce rosier (que je prenais pour un gallique, mais sa floraison continuelle m’en fait douter) penché sur les cierges fleurant bon la vanille du Cimicifuga racemosa “Brunette” .
Cotinus et Imperata cylindrica 'Red Baron' |
Cotinus avec Malus aldenhamensis |
Aster “Alma Pötschke” |
Anémones du japon |
Cimicifuga racemosa “Brunette” |
Rose gallique et Cimicifuga |
Une vue sur la face Est. La lumière écrasante de l’été glisse maintenant entre les branches sur le jardin gagné de lassitude, caresse les rondeurs des topiaires avec une infinie douceur. Nous longeons le “petit bois” en création sous le splendide Magnolia grandiflora “Exmouth” donné par Hillier pour être le plus rustique. Il a, en effet, en vingt ans, donné le meilleur de lui-même par les froids les plus rudes, pris dans une gangue de glace ou couvert de neige. Nous ne l’avions protégé que durant les deux premières années. Sans doute mon sol sableux y est-il pour quelque chose. Vis-à-vis le Magnolia kobus nous a fait désespérer douze ans avant de nous offrir ses premières fleurs. Nous avons su patienter, car elles ne sont pas son seul intérêt : sa frondaison nous offre en cette saison ses petites coupes d’or posées gracieusement sur les branches. Aronias, leucothae, hydrangea rougoyants ferment la danse (cf photos).
Agathe, que nous atteignons maintenant semble éteint. Agathe est le nom donné au jardin blanc, pour ses blancs qui ne sont pas purs ; il y en a des crémeux, des laiteux, des bleutés, des translucides. Je les ai mêlés au feuillage gris bien sûr, mais l’ombre en restreint le choix, aussi avons-nous prolongé la traîne jaune qui se décline depuis l’entrée du jardin, ponctuée ici par Robinia pseudoacacia “Frisia”, l’orme doré (Ulmus 'Wredeï') et les floraisons acides des euphorbes. Lasses, les corolles blanches se sont calfeutrées dans les coussins d’or et d’argent. Il ne reste que quelques étoiles de l’Aster ericoïdes, quelques boules défraîchies des eryngiums, garde-manger des fauvettes et des chardonnerets, et les hampes fleuries du Solanum jasminoïdes. Sans doute ce dernier gèlera-t-il cet hiver, mais il nous aura procuré tout l’été une joie immense, tant il a fleuri. L’imposante silhouette gris terne du Romneya coultheri fatigué, nous rappelle sa splendeur passée.
Agathe |
Solanum jasminoïdes |
Le tronc jaspé de l’Acer grosseri “hersii” nous invite au jardin corail en nous déroulant son tapis d’or. Une bourrasque et c’est toute la pelouse qui se transforme en tapis persan or et pourpre. Les couleurs chaudes bienvenues au jardin en ces temps de grisaille s’étendent maintenant à tout le parterre et donnent le ton au jardin corail : rouge écarlate de l’Acer japonicum "Aconitifolium” ou de l’Hydrangea quercifolia, jaunes du Cercidiphyllum et des Cornus, ors des chrysanthèmes et des bouleaux.
Le feuillage des crocosmias attrape la lumière dans ses lances hérissées. Le jardin corail est aussi mon jardin d’écorces, point focal en hiver. Dans une profusion de couleurs, la nature s’éclate. Elle sait bien qu’un beau matin, la première gelée aura vite fait de ternir son éclat. L’Euonymus europeanus écarlate rougit de honte de ne pouvoir retenir plus longtemps son souffle. Hâtons nous lentement. Nous quittons le jardin corail en jetant un regard nostalgique sur la chaise longue qui a abrité nos siestes estivales sous le tilleul en fleurs . Sous sa ramure déplumée brillent aujourd'hui les perles du Mahonia x media 'Charity' , promesses enchanteresses pour cet hiver et celles du lierre arbustif dans un écrin de Geranium macrorrhizum odorants.
Nous voilà arrivés devant le jardin cobalt. J’ai eu du mal à lui trouver un nom, car c’est un parterre changeant, bleu clair, jaune tendre et orange, il devient pourpre avec les Echinacea purpurea “Magnus”, mêlés à l’orange des Lilium “Henryi” et à des bleus plus puissants. L’Aconitum “Arendsii” dans toute sa gloire, accroché aux baies écarlates de Rosa rubiginosa avec l’Aster “Violetta” et le Liriope muscari en bordure éclairent les dernières heures d’un massif essoufflé d’avoir tant donné. Le jardinier ne peut être que plein de gratitude : humble étonnement d’avoir participé à cette création. Nous arrivons d’où nous sommes partis en passant devant le parterre topaze. Topazes fines et transparentes qui se déclinent dans une palette de roses et de bleus émaillés de blanc. Le Miscanthus “Variegata” ploie de fatigue sur le jeune Magnolia “Susan”, alangui sur un tapis de lavandes.
Remontons maintenant par le talus vêtu des mêmes couleurs tendres. Le talus aux abords de l’entrée de la maison est planté d’essences odoriférantes : rosiers 'Salet', 'New Dawn', 'Cornelia', Choisya, Sarcococca, Osmanthus, Daphne, Viburnum, Lonicera... Certaines rependront pendant l’hiver leurs discrètes senteurs. Nous ne pouvions l’habiller de couleurs puissantes qui captent le regard, mais le saturent aussi gardées pour cette raison au fond du jardin. Les rosiers 'Ballerina' et 'Mozart', deux églantines infatigables, font cortège à l’Hydrangea macrophylla 'Mariesii Perfecta' qui a viré au rose indien ( en rose sur terre neutre, il n’est autre que le célèbre 'Blue Wave' en terre acide) . Pour mettre en valeur toute la gamme de roses, j’ai choisi Rubus 'Silver Fern', Pyrus salicifolia 'Pendula' qui fait l’étonnement de tous les visiteurs, le genévrier rampant, les Buddleia 'Lochinch' et B.alternifolia 'Argentea'. La fontaine bleu argent du buddleia laisse place en fin d’été au lespedeza aux teintes violines : rappel à l’angle du talus du jardin grenat.
En faisant le tour de la butte, nous arrivons sur ce que je nomme les trois Grâces. Un Poncirus trifoliata fanant jaune d’or, un Viburnum carlesii écarlate posé sur le coussin argenté du Cotoneaster franchetti parsemé de perles rouges. Eblouissant ! Revenons par le verger (enfin ce qu’il en reste : deux beaux cerisiers et des petits fruits). Nous tombons en arrêt devant le Cornus kousa flamboyant. Dommage qu’il ne nous ait pas offert ses fruits roses. Sa ramure sagement étalée sur des rhododendrons bleus ponctue ce coin d’ombre égayé en cette saison par les fruits rutilants de l’Ilex aquifolium 'J.C. Van Tol' et les ors des fougères.
Tandis que murissent les baies écarlates, les perles blanches ou roses des symphorines, celles obsidiennes du chèvrefeuille, quantités de fleurs continuent de s’épanouir comme si l’hiver devait rester à la porte. Quelques roses inclinent leur tête chargée d’humidité. Les fleurs d’hortensia virent sans faner. Les bulbeuses d’automne font un festival : ici la nérine enrubanée dans une touffe de Carex 'Coman’ s Bronze', là les Crocus speciosus percent dans la sauge pourpre, là-bas le crinum et plus loin dans le petit-bois, les cyclamens émaillent un tapis de feuilles mortes. Notre promenade s’achève. Nous n’avons pas parcouru les 18 ares de terrain, nous n’avons vu ni la roseraie épuisée, ni le jardin jaune de la cour. Avec un brin de nostalgie, nous repassons sous l’Acer ginnala pour rejoindre la sortie.
A la saison prochaine si le froid ne vous fait pas peur.
Claire